Le Deuil : un processus humain, universel et singulier

Nous vivons dans une société qui a peu à peu mis la mort à distance.

La tristesse y est souvent mal comprise, parfois jugée, comme s’il fallait vite “tourner la page” pour ne pas déranger.

Autrefois, le code vestimentaire du deuil rendait la perte visible. Il signalait à l’entourage qu’un temps particulier était en cours, un temps où l’on prenait soin. Aujourd’hui, ce repère a disparu, et avec lui la reconnaissance de ce besoin.

Tout perte conséquente donne lieu à un deuil

Si ici on se concentrera plus sur la perte d’un être cher, la tristesse liée à l’absence n’est pas réservée à la perte d’un être humain. Elle peut concerner un animal, un emploi, un lieu, une situation, un mode de vie, un projet ou même une partie de soi. Les phases seront bien souvent similaires.

Une cicatrice, pas une page tournée

Christophe Fauré, psychiatre, compare le processus de deuil à la cicatrisation d’une plaie sur notre corps : “Comme une cicatrice sur notre corps, le deuil laissera une cicatrice psychique”.

Il ne s’agit pas de tourner la page, ni d’oublier, ni d’effacer, il s’agit d’apprivoiser l’absence. Comme pour une plaie, le travail de deuil est un soin. C’est ce qui ne sera plus qui fait souffrir. C’est un processus universel.

Le deuil n’est pas une pathologie. C’est un processus universel : plus de 7 personnes sur 10 vivent, au cours de leur vie, une perte qui les aura marquées. Selon viepublique.fr, après une perte significative, jusqu’à 60 % des endeuillés déclarent avoir souffert d’épisodes dépressifs, et environ 20 % rapportent des pensées suicidaires.

Ce processus varie profondément selon :

    • le lien avec l’être disparu,
    • l’état psychique au moment de la perte,
    • l’environnement affectif,
    • le caractère attendu ou brutal du décès,
    • le caractère traumatique ou non.

On peut se préparer à une perte mais se préparer ne signifie pas être prêt.

Les étapes du deuil : un mouvement, pas une ligne droite

Elisabeth Kübler-Ross a proposé le premier modèle en 5 étapes, aujourd’hui souvent élargi à 7.
Ces étapes ne sont pas linéaires, peuvent se chevaucher, se mélanger.

    • Le choc, la sidération : anesthésie psychique, sentiment d’irréalité.
    • Le refus / le déni : mécanisme de protection, “ce n’est pas possible”.
    • La recherche : conserver des objets, des messages, des traces.
    • La tristesse profonde, la dépression : abattement, vide, fatigue.
    • La colère : énergie de survie, mouvement temporaire.
    • L’acceptation : non pas accepter la mort, mais accepter la réalité.
    • La reconstruction : apprendre à vivre avec le manque.

On ne choisit pas ces étapes, elles s’imposent.

Le temps du deuil

Contrairement aux idées reçues, le deuil ne se “fait” pas en un an.

Les études montrent que la phase la plus intense dure souvent plusieurs mois et l’intégration réelle se fait fréquemment sur deux ans ou plus.

Après environ un an, le soutien social tend à diminuer. L’entourage se lasse et encourage à “aller mieux”.

Cela peut donner l’impression de perdre l’être aimé une seconde fois.

La Reconstruction : on ne redevient pas la personne d’avant

Le deuil est une phase de déstructuration : perte de repères, changement d’identité, transformation des liens.

Pour reprendre les mots du Dr Christophe Fauré : “On ne fait pas son deuil, on se transforme avec lui”.

La reconstruction ne signifie pas l’absence de souffrance, mais l’existence d’une perspective.

Le deuil n’est pas un “dépassement”, mais une incarnation nouvelle du sens. La Reconstruction, c’est qui on devient, car on n’est plus tout à fait la même personne, on change d’entourage.

Pour Carl Jung, le deuil n’est pas seulement un processus de détachement mais une opportunité de renaissance symbolique, un travail de l’inconscient qui conduit à un nouvel équilibre, une forme de désintégration indispensable à la reconstruction.

Accompagner quelqu’un en deuil : ce qui aide vraiment

Une étude du St Christopher’s Hospice (Londres) montre que ce qui aide le plus est :

    • la perception d’un réseau de soutien stable,
    • parler de la personne disparue, raconter les faits, encore et encore,
    • prendre soin du corps : sommeil, alimentation, rythme,
    • laisser une place à la solitude (c’est souvent là que l’intégration se fait).

Parler use la charge émotionnelle ; aussi, on ne cherche pas à “changer les idées”, au contraire, il est utile de permettre à la personne de raconter encore et encore, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus besoin d’en parler.

Préserver le lien, sans s’y perdre

Aller au cimetière, garder une photo, parler intérieurement : le lien se transforme, il s’implante à l’intérieur.

Trop de stimulations extérieures peuvent parfois ralentir ce processus.

Le deuil a besoin de silence, de temps et de respect.

En résumé

Le deuil n’est ni une faiblesse, ni un échec. C’est un chemin d’humanité, exigeant, intime, profondément singulier.

Et tout ce qui est décrit ici — jusque-là — est normal.

Quand s’inquiéter ?

Dans la majorité des cas, tout ce qui précède est normal. Lorsque le deuil devient particulièrement difficile, ce n’est généralement pas seulement la perte qui fait souffrir. Elle vient souvent appuyer sur quelque chose de plus ancien, déjà là, parfois resté en arrière-plan.

On parle de difficulté majeure lorsque :

    • la recherche de l’autre envahit tout le quotidien,
    • la culpabilité fige durablement,
    • la souffrance empêche toute projection,
    • une étape semble ne jamais se traverser,
    • la souffrance reste intense au-delà de deux ans.

Cela concerne environ 7 à 15 % des personnes endeuillées.

Dans ces situations, un accompagnement avec des techniques douces et naturelles comme l’hypnose peut aider à remettre du mouvement, à apaiser ce qui se réactive et à permettre au processus de se déployer plus harmonieusement, à reconstruire un nouveau possible.

Et après…

💛 Avec le temps, la souffrance s’adoucit et l’on apprend à s’apprivoiser. La vie reprend peu à peu sa place, et ce que l’on devient avec cette absence peut ouvrir un chemin nouveau.